César, l’argent et le royaume de Dieu

On ne plaisante plus. Dans cet Evangile, on parle d’argent. Les pharisiens délèguent à Jésus des spécialistes fiscaux. Et quand on parle d’argent, on a évidemment le jugement droit, on ne se laisse pas corrompre ni influencer par qui que ce soit ; on ne fait pas de différence entre les gens, entre ceux qui ont les moyens et ceux qui n’en ont pas.
Donc les pharisiens essaient de pervertir Jésus pour qu’il soit définitivement compromis. Ce système marche bien dans leur petit monde. Avec Jésus cela rate. Jésus les renvoie à eux-mêmes.Il leur dit en somme que payer de l’argent est une question de justice, justice humaine sans doute, mais normale dans la mesure où on participe à la vie de la cité et de l’empire romain. Si on est d’accord pour bénéficier des services de l’empire, il est normal qu’on rende à César ce qui est à César.
Mais Jésus fait alors une énorme restriction. Tout est permis à l’égard de la société, sauf aller à l’encontre de l’amour de Dieu.
Tout pouvoir, quel qu’il soit, ne peut briser la liberté intérieure, la liberté spirituelle. On peut atteindre le corps soumis à la corruption, on ne peut attenter à la liberté la plus personnelle, celle qui dit oui à l’amour prévenant de Dieu. La gloire, la puissance, l’argent, la séduction, sont des valeurs qui font tourner le monde, mais finalement elles peuvent s’opposer à Dieu.Ce n’est pas de la jalousie de la part de Dieu, car en fin de compte, quand on adore ces idoles, on se détruit soi-même. En refusant de tout soumettre à l’amour de Dieu, on refuse de tout soumettre à l’amour du prochain, et c’est ainsi que naissent tous les maux, les guerres, les discordes, les volontés de puissance. Il faut suivre son temps, en partageant les valeurs positives, mais les valeurs présentes n’ont de valeur que si elles sont soumises à la règle de l’Evangile, à savoir le respect de toute personne, quelle que soit sa position sociale, quelle que soit sa faute personnelle.
Les chrétiens vivent dans le monde comme tout le monde: ils mangent, boivent, ont une famille, paient des impôts et respectent les lois civiles. Mais parce qu’ils refusent de s’enfermer dans le cercle du pouvoir, de la volonté de puissance et de la séduction, ils ne sont pas du monde:Ils sont déjà du Royaume de Dieu.

P.Dominique BOISSEAU

18 octobre 2020